|
Sonia Aniceto |
vernissage : vendredi 9 novembre 2007 de 18 à 21 h exposition : du 10 au 30 novembre 2007 |
LA MARIONNETISTE
Trois petites filles nous regardent. Chacune d’elles, déjà,
n’est plus tout à fait là. A demi peinte, la première est bleutée par une nuit
imaginaire et s’offre, légèrement provocante, en même temps qu’elle s’évanouit
au bord du cadre. La seconde, qui n’a pas de visage, est tissée dans la forme
de son manteau, retirée en elle-même, si transparente qu’on la croirait cachée.
La troisième semble s’être grimée en femme. Il aura suffi d’un rien pour se
travestir. Une chaussure à talon, du rouge à lèvre, un ruban… Elle tient
l’autre par l’épaule, tendrement, dans un geste de consolation. Leurs petites
jambes potelées et cousues de fils blancs se balancent sur un tissu de damas
rouge, cette matière qui tapisse les boudoirs, ces lieux interdits et devinés,
où l’enfant est toléré sans en avoir l’accès.

Trois petites filles sont mêlées les unes aux autres par les
surpiqûres du fil. Elles se caressent et se soutiennent. Comme si l’ébriété
d’un jeu tout juste terminé avait laissé entre elles le goût un peu amer des
limites transgressées, cette nostalgie d’une innocence qu’elles devinent
bientôt perdue…. Dans leurs gestes se dévoile un érotisme langoureux, parfois
violent, parfois léger ; l’intimité des corps d’enfants qui ont banni de
leurs jeux le regard des adultes. Des jeux qui imitent ce qu’elles n’auraient
pas dû surprendre, des jeux qui invoquent un regard qui n’était par pour elles.
Trois petites filles nous font face et ne semblent pas voir, à côté d’elles,
cette pièce à peine entrouverte. Là, sur un fauteuil abandonné, une autre
petite marionnette cousue de fils se contorsionne sur des talons. Elle offre
son corps dénudé à la
fois ludique et martyrisé à un regard qui semble attendu. Un spectateur désiré.

Au cœur de ses toiles, en superposant formes peintes et formes
cousues, Sonia Aniceto ouvre la peinture aux temps de la mémoire, du souvenir
et du fantasme. Elle compose des espaces où les matières jouent les unes avec
les autres, se disputent et se mêlent pour mieux ouvrir le tableau à d’autres
dimensions. Quand les formes sont presque figuratives, un rien de peinture
coulée les dilue dans la vapeur des souvenirs. Quand il est cousu sur la
peinture, le fil noue et déchire la toile. Les lignes à la fois nettes et
transparentes courent comme des dédoublements. Les personnages filés se
baladent ou flottent sur des images qu’ils creusent de leurs présences
évanescentes. Et l’image, alors, semble n’être rien d’autre que l’émanation de
ce qui hante ces petits êtres fantomatiques, une valse mélancolique,
un langoureux vertige.
Rue Marché au Charbon, 3
1000-Bruxelles
Tél : 32 2 510 01 41
Fax
: 32 2 510 01 40
E-mail :galerie@espaceblanche.be
Ouvert
de 14 à 18 heures sauf lundi. Présence de l'artiste samedi, dimanche et jours fériés.