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Marie-Christine Remy |
exposition : du 3 décembre au 7 janvier 2007 |
Histoire de courbes
Scultures-dessins-peintures
Un regard
et des mains sur les sculptures de Marie-Christine Remy.
« Je ne suis pas sculpteur », dit-elle d’emblée. Peut-être (nous y reviendrons), mais les
dernières œuvres que Marie-Christine Remy donne à voir sont bien des sculptures. Il n’est pour s’en convaincre que de mesurer
leur exigence d’un regard multiple, tournant.
Aucune ne se contentera de la frontalité. Inutile de les placer dans une
ruche à hauteur de regard : elles
ne livreront rien. « Quelle hauteur pour les socles ? » Qui
peut encore prétendre qu’un artiste ne se pose pas aussi – surtout – des
questions matérielles, sinon triviales ?
Il faut permettre au regard la caresse adéquate, la plus libre possible.

Qu’est-ce- que l’on voit d’abord ?
Pour les
pièces les plus colorées, des rondeurs de fruits, des tonalités mûres. Un jardin à l’heure de la récolte, dans sa
plénitude que l’on imagine odorante, à l’heure bleue. Ou alors des graines géantes, nécessairement
riches de promesses et prêtes à éclore.
La vie se tient à l’intérieur, elle rayonne. On se tient pour un mauvais esprit à croire
deviner des replis de peau, des courbes offrant d’autres sensations. La main se sent appelée.
La peau. Les
pièces les plus brillantes portent une couverture de silicone. Lorsque l’on ose les toucher, leur surface
réagit avec une élasticité qui étonne.
On craint la froideur de l’émail,
on rencontre un matériau ductile, sensible, réactif.

D’aucuns
ressentaient une sorte de malaise à sentir dans ces sculptures des
efflorescences de chair. Il croit. Ou alors s’apaise : fruits de chair,
tendres volumes épanouis et mûrs qui
répondent au toucher.
La peau
encore. Un autre groupe de pièces,
oscille dans ses tonalités. Les unes
peintes entre le rose pâle et le blanc. Et la plus accomplie, peut-être,
couverte de cire d’abeille légèrement teintée sur une partie. Dans toutes celles-ci, les volumes se
compliquent. En les observant, en les
contournant ou les retournant, on explore des renflements et des gorges, on
découvre des replis, des cavités. Les
manipuler est un exercice troublant .
Au centre d’un motif en forme de parenthèses – ou de lèvres – quelques
gouttes de silicone ont accidentellement séché en relief… La cire, étendue en surfaces non égales,
tremblante sous le regard, se devine tendre. Organique, elle répond aux
rondeurs épanouies de l’œuvre par des souvenirs de fleurs ouvertes au butinage,
de secrètes mastications animales dans les serres chaudes des ruches. On veut
en respirer le parfum.
La plupart
de ses sculptures, Marie-Christine Remy les a construites autour d’un simple
ballon de baudruche gonflé, sur lequel ont été superposées des couches de
plâtre. Dans les ateliers créatifs,
c’est une technique que l’on apprend aux enfants. « J’aime beaucoup m’inspirer de ce que
font les enfants », dit Marie-Christine, qui , dans l’intervalle,
travaille aussi sur le thème de la marelle.
Au cœur de
la plupart de ces pièces, il y a donc à la fois le creux et le souffle. Une cavité et l’esprit pour la remplir :
Dieu, dit-on, insuffla la vie.
Marie-Christine
Remy ne se montre pas souvent – enfin,
ses œuvres… Il y a plusieurs années, on
avait pu voir ses dessins et peintures, qui distillaient un trouble semblables
à ces sculptures. Était-ce
anodin ? Regard direct de l’artiste
sur son corps, sur ce que l’artiste peut juste contempler de lui-même quand il
est assis à dessiner : ventre, jambes et pieds. Si on
l’écoute,
ses sculptures sont justes un moyen rudimentaire de « faire
tourner » ses dessins, compte non tenu de l’organisation anatomique des
motifs de départ. C’est une première
œuvre qui fait foi pour la seconde.
Mais par ce
détour, elle tend au point le plus juste un fil qui plonge à la fois dans nos
corps et nos émois et vibre à travers l’ensemble du monde vivant. Fruits mûrs, fleurs et abeilles associés dans
la cire, nos corps et nos désirs par le détour du trait, de la main et du
souffle. La vie, immédiate.
Yves Randaxhe