
|
|
vernissage : 9 mai 2008 18 à 21 h
exposition : du 10 mai au 1er juin 2008
|

Dans cette série de dessins, j’ai voulu
prendre en compte le support, le penser comme un élément constitutif de
l’ « œuvre », au même titre que la couleur, les traits,…etc. qui
vont venir prendre place sur le papier. Le support n’est plus considéré seulement
comme une surface indifférente à la création qui s’y donne à voir; il se plie,
se déchire, se montre dans tous ses aspects et participe activement à
l’élaboration du dessin.


Le point de départ dans la création de ces
dessins était d’utiliser le papier (lui-même plié suivant une grille de carrés
identiques) à la fois par-dessous comme support et par-dessus comme une matière
venant masquer tout ce qui se dépose à sa surface (couleur, trait, colle). La
couleur se voit ainsi voilée plus ou moins complètement par une partie du
support. En effet, dans cette action de voilage, la feuille peinte se replie,
est collée et scellée, fermée sur elle-même. Une fois la colle séchée, la
feuille est ouverte à nouveau et s’arrachant, elle laisse par lambeaux une de
ses couches collée sur la partie peinte, tout en gardant elle-même la trace de
cet arrachement : le support s’ouvre et recouvre. Le dessin procède ainsi de
suite jusqu’au moment toujours incertain où je décide de l’arrêt des
opérations.
Il s’agit donc d’une démarche de masquage,
de voilage, d’effacement. Pourtant, au plus le papier vient masquer ce qui se
pose sur lui, au plus il dévoile ses couches, montre son intérieur et parfois
va jusqu’à être transpercé et laisser apparaître son support à lui (à savoir le
mur blanc sur lequel il est posé/ le papier de conservation sur lequel il est
fixé). De cette démarche initiale résultent donc deux conséquences : le
papier se fragilise par endroits tout comme il se consolide à d’autres; de
même, le papier et la couleur se voilent tout comme les couches intérieures du
papier et l’envers de la couleur (mais aussi des traits, et en moindre mesure
de la colle) se montrent. Au final, ce qui est donné à voir par le dessin,
c’est justement cela : le côtoiement de plusieurs opposés – vide/plein,
recto/verso, fond/forme, voilement/dévoilement,…- sur une même surface.
Les parcelles de papier et de couleur
s’accumulent donc petit à petit aussi bien latéralement (les unes à côté des
autres, de gauche à droite, de haut en bas sur le papier) que dans l’épaisseur
(les unes sur/sous les autres, à l’intérieur des couches du papier), pour venir
former un amas, comme un feuillage à l’intérieur duquel tous ces éléments se
mélangent les uns aux autres, se perdent les uns dans les autres. Malgré tous
ces changements de statuts (sur/dans/sous le support), un seul élément reste en
place et au contraire s’affirme davantage : le squelette de papier, cette
structure en grille à partir de laquelle le dessin s’organise.
Au fur et à mesure de l’avancement du
dessin, il devient de moins en moins évident de distinguer les différents
éléments qu’il met en jeu ; distinguer le blanc de la surface du papier
avec le blanc de l’intérieur de ses couches, le blanc du papier du blanc du
mur. Les contours des formes, de même que la limite du papier tendent également
à se confondre, à devenir incertains. Je le répète : c’est justement de
cette indistinction dont il est question dans cette série de dessins, de cette
mise à plat sur la surface vallonnée du papier, du support et de la couleur
dans tous leurs états.
Tout fonctionne donc par contiguïté,
contagion, où chaque parcelle de papier est en contact avec une autre. Le
dessin se transforme petit à petit en brouillage (camouflage), un nuage à
l’intérieur duquel ses différentes parties flottent et se confondent les unes
les autres. Il en est de même dans le rapport que le spectateur peut avoir avec
l’ « œuvre ». En effet, tout en dé-couvrant cette dernière, le
regard a tendance à se rapprocher de plus en plus (jusqu’à ce que les contours
disparaissent), pour enfin céder sa place au toucher. Ce développement par
contiguïté du dessin annule toute forme dans laquelle le spectateur pourrait
éventuellement s’identifier. La distance entre le dessin et le spectateur se
voit ainsi rompue.
- Rue Marché au Charbon, 3
1000-Bruxelles
Tél : 32 2 510 01 41
Fax
: 32 2 510 01 40
E-mail :galerie@espaceblanche.be
Ouvert
de 14 à 18 heures. Présence de l'artiste samedi, dimanche et jours fériés.